Conseils <br />à un jeune poète <br />de douze ans <br /> <br />Dans la nuit parfumée aux herbes de Provence <br />Le lombric se réveille et bâille sous le sol, <br />Étirant ses anneaux au sein des mottes molles, <br />Il les mâche, digère et fore avec conscience. <br /> <br />Il travaille, il laboure en vrai lombric de France <br />Comme, avant lui, ses père et grand-père ; son rôle, <br />Il le connaît. Il meurt. La terre prend l’obole <br />De son corps. Aérée, elle reprend confiance. <br /> <br />Le poète, vois-tu, est comme un ver de terre, <br />Il laboure les mots, qui sont comme un grand champ <br />Où les hommes récoltent les denrées langagières; <br /> <br />Mais la terre s’épuise à l’effort incessant ! <br />Sans le poète lombric et l’air qu’il lui apporte <br />Le monde étoufferait sous les paroles mortes.
