Nous étions, elle et moi, dans cet avril charmant <br />De l'amour qui commence en éblouissement. <br />Ô souvenirs ! ô temps ! heures évanouies ! <br />Nous allions, le coeur plein d'extases inouïes, <br />Ensemble dans les bois, et la main dans la main. <br />Pour prendre le sentier nous quittions le chemin, <br />Nous quittions le sentier pour marcher dans les herbes. <br />Le ciel resplendissait dans ses regards superbes ; <br />Elle disait : Je t'aime ! et je me sentais dieu. <br /> <br />Parfois, près d'une source, on s'asseyait un peu. <br />Que de fois j'ai montré sa gorge aux branches d'arbre ! <br />Rougissante et pareille aux naïades de marbre, <br />Tu baignais tes pieds nus et blancs comme le lait. <br />Puis nous nous en allions rêveurs. Il me semblait, <br />En regardant autour de nous les pâquerettes, <br />Les boutons-d'or joyeux, les pervenches secrètes <br />Et les frais liserons d'une eau pure arrosés, <br />Que ces petites fleurs étaient tous les baisers <br />Tombés dans le trajet de ma bouche à ta bouche <br />Pendant que nous marchions ; et la grotte farouche <br />Et la ronce sauvage et le roc chauve et noir, <br />Envieux, murmuraient : Que va dire ce soir <br />Diane aux chastes yeux, la déesse étoilée, <br />En voyant toute l'herbe au fond du bois foulée ?<br /><br />Victor Marie Hugo<br /><br />http://www.poemhunter.com/poem/au-bois/