Jadis je vous disais : -- Vivez, régnez, Madame ! <br />Le salon vous attend ! le succès vous réclame ! <br />Le bal éblouissant pâlit quand vous partez ! <br />Soyez illustre et belle ! aimez ! riez ! chantez ! <br />Vous avez la splendeur des astres et des roses ! <br />Votre regard charmant, où je lis tant de choses, <br />Commente vos discours légers et gracieux. <br />Ce que dit votre bouche étincelle en vos yeux. <br />Il semble, quand parfois un chagrin vous alarme, <br />Qu'ils versent une perle et non pas une larme. <br />Même quand vous rêvez, vous souriez encor, <br />Vivez, fêtée et fière, ô belle aux cheveux d'or ! <br />Maintenant vous voilà pâle, grave, muette, <br />Morte, et transfigurée, et je vous dis : -- Poëte ! <br />Viens me chercher ! Archange ! être mystérieux ! <br />Fais pour moi transparents et la terre et les cieux ! <br />Révèle-moi, d'un mot de ta bouche profonde, <br />La grande énigme humaine et le secret du monde ! <br />Confirme en mon esprit Descarte ou Spinosa ! <br />Car tu sais le vrai nom de celui qui perça, <br />Pour que nous puissions voir sa lumière sans voiles, <br />Ces trous du noir plafond qu'on nomme les étoiles ! <br />Car je te sens flotter sous mes rameaux penchants ; <br />Car ta lyre invisible a de sublimes chants ! <br />Car mon sombre océan, où l'esquif s'aventure, <br />T'épouvante et te plaît ; car la sainte nature, <br />La nature éternelle, et les champs, et les bois, <br />Parlent de ta grande âme avec leur grande voix !<br /><br />Victor Marie Hugo<br /><br />http://www.poemhunter.com/poem/a-madame-d-g-de-g/