Fragment <br /> <br />Il n'est que d'être roi pour être heureux au monde. <br />Bénis soient tes décrets, ô sagesse profonde! <br />Qui me voulus heureux, et, prodigue envers moi, <br />M'as fait dans mon asile et mon maître et mon roi. <br />Mon Louvre est sous le toit, sur ma tête il s'abaisse; <br />De ses premiers regards l'orient le caresse. <br />Lits, sièges, table y sont portant de toutes parts <br />Livres, dessins, crayons, confusément épars. <br />Là, je dors, chante, lis, pleure, étudie et pense. <br />Là, dans un calme pur, je médite en silence <br />Ce qu'un jour je veux être; et, seul à m'applaudir, <br />Je sème la moisson que je veux recueillir. <br />Là, je reviens toujours, et toujours les mains pleines, <br />Amasser le butin de mes courses lointaines: <br />Soit qu'en un livre antique à loisir engagé, <br />Dans ses doctes feuillets j'aie au loin voyagé; <br />Soit plutôt que, passant et vallons et rivières, <br />J'aie au loin parcouru les terres étrangères. <br />D'un vaste champ de fleurs je tire un peu de miel. <br />Tout m'enrichit et tout m'appelle; et, chaque ciel <br />M'offrant quelque dépouille utile et précieuse, <br />Je remplis lentement ma ruche industrieuse.<br /><br />Andre Marie de Chenier<br /><br />http://www.poemhunter.com/poem/la-republique-des-lettres/
