Souvent, lorsque la main sur les yeux je médite, <br />Elle m'apparaît, svelte et la tête petite, <br />Avec ses blonds cheveux coupés courts sur le front. <br />Trouverai-je jamais des mots qui la peindront, <br />La chère vision que malgré moi j'ai fuie? <br />Qu'est auprès de son teint la rose après la pluie? <br />Peut-on comparer même au chant du bengali <br />Son exotique accent, si clair et si joli? <br />Est-il une grenade entr'ouverte qui rende <br />L'incarnat de sa bouche adorablement grande? <br />Oui, les astres sont purs, mais aucun, dans les cieux, <br />Aucun n'est éclatant et pur comme ses yeux; <br />Et l'antilope errant sous le taillis humide <br />N'a pas ce long regard lumineux et timide. <br />Ah ! devant tant de grâce et de charme innocent, <br />Le poète qui veut décrire est impuissant; <br />Mais l'amant peut du moins s'écrier: 'Sois bénie, <br />O faculté sublime à l'égal du génie, <br />Mémoire, qui me rends son sourire et sa voix, <br />Et qui fais qu'exilé loin d'elle, je la vois!'<br /><br />François Coppée<br /><br />http://www.poemhunter.com/poem/la-m-moire/
