Un soir, j'étais debout, auprès d'une fenêtre... <br />Contre la vitre en feu j'avais mon front songeur, <br />Et je voyais, là-bas, lentement disparaître <br />Un soleil embrumé qui mourait sans splendeur ! <br />C'était un vieux soleil des derniers soirs d'automne, <br />Globe d'un rouge épais, de chaleur épuisé, <br />Qui ne faisait baisser le regard à personne, <br />Et qu'un aigle aurait méprisé ! <br /><br />Alors, je me disais, en une joie amère : <br />" Et toi, Soleil, aussi, j'aime à te voir sombrer ! <br />Astre découronné comme un roi de la terre, <br />Tête de roi tondu que la nuit va cloîtrer ! " <br />Demain, je le sais bien, tu sortiras des ombres ! <br />Tes cheveux d'or auront tout à coup repoussé ! <br />Qu'importe ! j'aurai cru que tu meurs quand tu sombres ! <br />Un moment je l'aurai pensé ! <br /><br />Un moment j'aurai dit : " C'en est fait, il succombe, <br />Le monstre lumineux qu'ils disaient éternel ! <br />Il pâlit comme nous, il se meurt, et sa tombe <br />N'est qu'un brouillard sanglant dans quelque coin du ciel ! " <br />Grimace de mourir ! grimace funéraire ! <br />Qu'en un ciel ennuité chaque jour il fait voir... <br />Eh bien, cela m'est doux de la sentir vulgaire, <br />Sa façon de mourir ce soir ! <br /><br />Car je te hais, Soleil, oh ! oui, je te hais comme <br />L'impassible témoin des douleurs d'ici-bas... <br />Chose de feu, sans coeur, je te hais comme un homme ! <br />L'être que nous aimons passe et tu ne meurs pas ! <br />L'oeil bleu, le vrai soleil qui nous verse la vie, <br />Un jour perdra son feu, son azur, sa beauté, <br />Et tu l'éclaireras de ta lumière impie, <br />Insultant d'immortalité. <br /><br />Et voilà, vieux Soleil, pourquoi mon coeur t'abhorre ! <br />Voilà pourquoi je t'ai toujours haï, Soleil ! <br />Pourquoi je dis, le soir, quand le jour s'évapore : <br />" Ah ! si c'était sa mort et non plus son sommeil ! " <br />Voilà pourquoi je dis, quand tu sors d'un ciel sombre : <br />" Bravo ! ses six mille ans l'ont enfin achevé ! <br />L'oeil du cyclope a donc enfin trouvé dans l'ombre <br />La poutre qui l'aura crevé ! " <br /><br />Et que le sang en pleuve et sur nos fronts ruisselle, <br />A la place où tombaient tes insolents rayons ! <br />Et que la plaie aussi nous paraisse éternelle <br />Et mette six mille ans à saigner sur nos fronts ! <br />Nous n'aurons plus alors que la nuit et ses voiles, <br />Plus de jour lumineux dans un ciel de saphir ! <br />Mais n'est-ce pas assez que le feu des étoiles <br />Pour voir ce qu'on aime mourir ? <br /><br />Pour voir la bouche en feu par nos lèvres usée <br />Nous dire froidement : " C'est fini, laisse-moi ! " <br />Et s'éteindre l'amour qui, dans notre pensée, <br />Allumait un soleil plus éclatant que toi ! <br />Pour voir errer parmi les spectres de la terre <br />Le spectre aimé qui semble et vivant et joyeux, <br />La nuit, la sombre nuit est encore trop claire... <br />Et je l'arracherais des cieux !